Comment vaincre le trac ?

 

 

Nous connaissons tous le trac… Le trac est cette peur irraisonnée qui nous saisit au moment d’un examen ou d’un concert et nous donne envie de fuir à toutes jambes le plus loin possible.

 

Je vais prendre dans cet article le contrepied de la façon dont on aborde le plus souvent ce sujet.

On vous décrit généralement les symptômes du trac. Je ne le ferai pas, pour la bonne raison que vous en connaissez parfaitement les symptômes désagréables, et parce que cela ne vous apprendra rien de plus concernant une éventuelle solution, qui est le sujet qui vous intéresse.

 

 

Qui a le trac ?

Dans quelles circonstances a-t-on le trac ?

 

 

On s’interroge beaucoup sur les moyens et les outils à employer pour surmonter le trac, mais on ne se pose jamais la question suivante : qui a le trac ?

Elle est pourtant la clé qui nous permettra d’atteindre la solution.

 

Nous sommes tous confrontés au trac. C’est vrai. Ce sujet nous concerne tous. Mais pas de la même façon selon où nous en sommes dans notre parcours. Si nous sommes encore élève en conservatoire ou si nous pratiquons la musique en amateur chez nous pour le plaisir, la simple perspective de monter sur scène pour une audition ou un examen nous fait pâlir.

 

Si nous en sommes plus loin dans notre parcours, notre niveau de trac dépendra des circonstances.

Même les plus grands concertistes connaissent parfois une forme de trac.

 

 

 

 

 

 

 

Les deux clés pour vaincre le trac

 

Pour vaincre le trac, deux étapes sont en fait nécessaires (et suffisantes) :

 

1/ Posséder la maîtrise technique de son instrument, au moins en ce qui concerne le répertoire que l’on compte jouer en public

 

Pour jouer en public il faut choisir des pièces adaptées à son niveau (– quand on a le choix 🙂 !). Cela semble une lapalissade, mais combien de musiciens se font peur en choisissant des pièces au-delà de leur niveau de confort et s’étonnent d’avoir le trac…

 

En effet, tant qu’on ne sera pas totalement maître de son instrument, et que même lorsqu’on travaille seul, on n’obtient pas un résultat impeccable, un certain trac, lié à l’incertitude du résultat, demeurera.

Vous pouvez essayer toutes les techniques de respiration et de relaxation du monde, si le morceau que vous interprétez n’est pas maîtrisé, le trac ne vous quittera pas.

 

Ayez donc pour règle de choisir pour une prestation devant un public des œuvres de votre niveau, que vous maîtrisez depuis très longtemps, ou de disposer d’autant de temps que nécessaire pour les travailler à fond.

 

 

 

 

2/ se confronter à sa peur

 

LA vraie solution au trac, dont on ne parle curieusement presque jamais.

Le trac n’est rien d’autre qu’une peur, qui, comme toutes les peurs a ses gradations : de la simple appréhension à la peur panique, en passant par tous les degrés d’angoisse. L’objet de la crainte est souvent en fait l’inconnu.

 

Comme pour toute peur ou toute phobie, il n’existe en réalité qu’un seul remède : s’y confronter.

De façon progressive, mais systématique. Hebdomadaire.

Créez-vous des mises en situation, avec au départ peu d’enjeu : organisez par exemple une série d’auditions courtes, de 5 mn, 10 mn, un quart d’heure, 20 mn, devant un public d’abord restreint en nombre et bienveillant : famille, amis proches. Puis augmentez peu à peu la difficulté (lieu, nombre de personnes, type d’auditeurs). Si possible n’hésitez pas à redonner le même programme plusieurs fois dans les deux ou trois jours.

Soyez créatifs : il y a autour de vous beaucoup d’oreilles bienveillantes prêtes à vous écouter si vous leur demandez, et à qui vous ferez même plaisir : voisins, maisons de retraites, etc. Plus vous multiplierez les occasions de jouer en public, plus votre trac s’envolera rapidement.

 

Ce processus est valable quelque soit votre niveau : si ce qui représente pour vous un défi est une salle de concert de 500 personnes au lieu de 50, demandez à pouvoir accéder à ce type de salle d’abord sans public, ou commencez par un concert de musique de chambre si c’est plus facile d’être à plusieurs, etc.

Bref inventez-vous vos propres exercices selon ce qui représente pour vous un défi.

 

La clé de la réussite, comme pour tout apprentissage, est la fidélité à cette démarche durant au moins plusieurs semaines.

 

 

Trac : un entraînement régulier et méthodique

 

On conçoit sans se poser de question qu’il faille un entraînement et de la répétition pour acquérir un nouveau geste. Et nous savons travailler notre instrument quotidiennement pour nous améliorer. La capacité à jouer en public est une compétence comme une autre, qui a donc besoin d’être travaillée, qui nécessite un entraînement régulier.

 

 

 

 

L’idée étant de se mettre le plus souvent possible dans les conditions qui vous font peur. Si c’est un examen, improvisez un faux “jury” avec quelques amis et jouez dans les conditions solennelles de ce type de circonstances, en en suivant le protocole….

C’est le principe des “concours et examens blancs”. Mais en version raccourcie. L’important étant la répétition de l’exercice plus que son intensité.

 

Cela peut passer aussi par le fait de porter tenue de concert ou d’audition. Que le fait de l’endosser ne provoque pas immédiatement de l’appréhension. On a envie de la garder impeccable, mais ce n’est pas le plus important lorsqu’on est simplement dans l’optique de vaincre son trac. Il faut qu’elle soit au contraire un élément de confort dans laquelle on se sent bien, qui permette la fluidité des mouvements. Comme nouvelles chaussures, il faut s’y faire.

 

 

 

Trac : donnez-vous la permission d’être imparfait

 

Nous voudrions tant que le premier essai soit le bon !

Mais c’est impossible. Il faut pour avancer sereinement abandonner vos rêves de perfection, et accepter que les premiers essais vous paraissent insatisfaisants. Mais quoi de plus normal ? un enfant marche t-il parfaitement dès le premier essai ? Non, bien évidemment.

Soyez indulgent avec vous-même.

Faites le point après chaque audition. Commencez tout d’abord par vous féliciter pour ce que vous avez réussi. On oublie trop souvent de le faire. Puis penchez-vous sur ce qui l’était moins et trouvez des solutions à mettre en œuvre pour faire mieux sur ces points en particulier la prochaine fois.

 

Cette méthode peut être mise en œuvre à n’importe quel moment d’une carrière artistique. Au-delà du simple fait de jouer en public, on peut aussi éprouver un trac plus spécifique : jouer par cœur en public si on ne le fait pas habituellement, déchiffrer en public, ou aborder un nouveau type de répertoire. On peut traiter ces points particuliers de la même façon, par une habituation progressive.

 

S’il est effectivement encore certaines circonstances où les grands professionnels éprouvent encore du trac, ce sont les occasions précisément inhabituelles pour eux, avec des enjeux plus importants, ou des conditions de répétition particulièrement mauvaises. A leur niveau eux aussi apprivoiseront petit à petit même ces cas de figure et finiront pas être totalement à l’aise en toutes circonstances.

 

 

 

Derrière toute peur il y a un désir

 

Plus la peur est grande, plus en fait le désir qu’elle cache est grand. La peur nous indique qu’il y a quelque chose auquel nous tenons.

Il peut s’agir du désir de réussir un concours ou un examen qui donnera un diplôme, ou ouvrira des portes. Ou le désir de voir notre talent reconnu lors d’un concert.

On met souvent trop d’enjeu à l’issue positive ou négative d’une échéance.

 

 

 

 

 

Les paramètres que l’on ne maîtrise pas

 

 

Le résultat d’un concours ou d’un examen musical est souvent très subjectif, et de nombreux paramètres entrent en jeu, sur lesquels vous n’avez pas le moindre contrôle : le niveau des autres candidats, les manies et les humeurs des membres du jury.

J’ai vu des jurys éliminer des candidats à la seule lecture de leur programme, ou décider avant même les auditions qui serait le lauréat… ce sont des cas un peu extrêmes, mais réels malheureusement.

Vous pouvez tout simplement être entourés de candidats d’un niveau très élevé, alors que l’année précédente le niveau était très bas. Il peut y avoir une seule place à pourvoir pour dix candidats, alors que l’année précédente il y en avait quatre…

 

 

Tout cela ne dépend pas de vous

 

 

L’erreur que nous commettons souvent est de prendre totalement la responsabilité du résultat, et d’amalgamer ce que nous sommes, notre valeur tout entière, au jugement d’un jury. Nous croyons que s’il est négatif, c’est que nous ne valons rien. Ce raccourci est tellement facile, tellement tentant…

 

Eric Bellion, navigateur en solitaire, disait au retour du Vendée Globe que la seule façon de gérer la peur est « d’avoir une vigilance extrême sur tout ce sur quoi on a la main (préparation), et une insouciance totale sur ce sur quoi on n’a pas la main (tempêtes) »

 

Soyez donc très méticuleux sur tout ce qui dépend de vous : la préparation, et insouciant sur ce qui ne dépend pas de vous : le résultat.

 

 

 

 

 

 

 

Trop d’enjeu

 

 

Avant de passer un examen ou un concours, il est important de s’arrêter et de s’interroger sur l’enjeu que nous y mettons.

 

S’il est trop grand, si tout semble suspendu à la réussite ou l’échec de cette échéance particulière, c’est que nous croyons que cet examen, ce concours particulier est la seule solution, le passage obligé pour avancer et réussir dans notre parcours. Mais en réalité les chemins sont beaucoup plus nombreux et variés qu’on ne le croit. Le succès dépendra finalement bien plus de votre personnalité de musicien et de votre capacité à créer et offrir au public votre art avec créativité, passion et générosité que du nombre de diplômes que vous aurez.

Si vous ne me croyez pas, procurez-vous les listes des élèves des vingt dernières années des cursus des écoles les plus prestigieuses en France. Vous observerez que si certains sont évidemment devenus célèbres, un bon nombre vous sont totalement inconnus.

 

Il est donc important avant de passer un examen ou un concours d’envisager sérieusement la possibilité d’échouer et d’imaginer quelles solutions alternatives on mettrait alors en œuvre pour rebondir et continuer.

Ce travail de visualisation permet de faire baisser l’enjeu qu’on y met, et y aller plus sereinement.

 

 

Que penser des exercices de relaxation ?

 

 

Je ne vous décrirai donc pas dans cet article la moindre technique de respiration ou de relaxation :

1/ parce que des milliers d’articles et de livres le font beaucoup mieux que moi,

et surtout

2/ parce que pour moi, bien qu’elles soient de bons outils, elles ne sont pas la véritable solution, et leur effet est assez limité si les préalables exposés ci-dessus n’y sont pas.

 

Les exercices de relaxation me semblent être parfois un moyen de procrastiner intelligemment, en reculant en fait le moment de se jeter à l’eau.

Pour apprendre à nager, le seul moyen est de se mettre à l’eau le plus tôt possible, dans un petit bain, avec des bouées. Vous pouvez faire tous les exercices de relaxation que vous voudrez, et devenir très savant sur les nages, vous ne vaincrez votre peur de l’eau qu’en y entrant petit à petit dans des conditions sécurisantes. Un petit pas après l’autre.

 

Si vous paniquez, c’est que le défi est trop grand : et c’est un indicateur très fiable qu’il faut ajouter des étapes intermédiaires avant.

 

 

 

 

 

  Conclusion

 

« On ne connaît que les choses que l’on apprivoise » disait le renard au petit Prince…

Apprivoisez donc votre trac par des mises en situation répétées afin qu’il ne reste à la fin que le « bon » trac, celui qui donne de l’adrénaline et maintient la concentration d’un bout à l’autre pour offrir le meilleur de son art…

 

      Bon vent !

 

 

 

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2 commentaires sur “Comment vaincre le trac ?

  1. et oui….
    en ce qui me concerne, amateur apprentis, pour m’habituer au trac, je m’enregistre…et c’est fou ce que le ptit machin qui enregistre arrive à m’impressionner…;
    parfois je suis heureux d’achever mon morceau sans faute, que l’excitation me déconcentre et me ….faire une faute….décu, deux ou trois arrivent derrière.. !! ; )
    je ne suis encore jamais parvenu à faire un sans faute…

  2. Bonjour Anne-Isabelle,
    Encore un fois, un article agréable à lire,
    j’ai adoré la conclusion « On ne connaît que les choses que l’on apprivoise »
    Je rajouterai
    “Petit à petit l’oiseau fait son nid”🤙

    Musicalement,🎹🎸🙂
    Fred

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